Planetarian est un de ces petits qui se penche vers tous les genres, tire ses influences de partout et parvient à les compiler comme il faut pour donner quelque chose de différent. Planetarian, lui, fait quelque chose d'aérien et calme, quelque chose qui fait du bien.
Ce qu'on retrouve avec son premier album, où dans chaque morceaux, il peint son monde, dessine des bouts de sa vie, se confie timidement. Et c'est tellement bien fait qu'on entre facilement dans son univers et qu'on a très envie d'écouter tout ce qu'il a à dire.
J'ai pu avoir une conversation avec le garçon qui se cache derrière le nom de Noo-Bap. Il a beaucoup parlé de sa ville, une des plus grandes du Canada et m'a expliqué certaines de ses particularités. On a aussi abordé des sujets qui reviennent souvent, mais ce qui était cool, c'est de découvrir une tout autre visions de ces choses que sont la musique et internet. Alors je vous invite à les découvrir à votre tour, tout en écoutant les morceaux calmes, mais mystérieux de Noo-Bap.
MONTREAL
Niveau musique, ici, on trouve beaucoup d'artistes, surtout de hip-hop, et des producteurs qui touchent tous les genres. "Pour la musique ambiante ou le Piu Piu, comme on l’appelle dont on va entendre parler si on se renseigne sur Montréal". Un jour, pendant un set, Vlooper a crié "'we make Piu Piu music", et le Piu Piu s'est répandu à la centaine d'artistes qui se sont jusqu'à maintenant placés sous l'étiquette Piu Piu. "Basically c'est de Montréal, si tu fais musique sur ton laptop tu fais du Piu Piu. C'est vraiment le son de Montréal".
Et justement, c'est grâce à cette communauté Canadienne, qui se tourne également vers la France que Noo-Bap a fait connaissance avec Dream Koala et sa musique. Plusieurs mois après la sortie de la Piu Piu Beat Tape Vol. 2, Noo-Bap sort un remix d'un morceau de Dream Koala, un "bricolage" génial du track We Can't Be Friends, qui rend très bien.
Sinon, au Québec, "c'est définitivement la culture française qui domine, à l'extérieur de Montréal, l'esthétique change complètement, les gens s'habillent pas pareil, Montréal ressemble beaucoup plus à Paris, c'est plus européen qu'américain. Si tu compares Montréal à n'importe quelle ville du Canada ou des Etats-Unis, tu vois vraiment que Montréal ou New York sont les villes qui ont le plus le style européen. C'est définitivement pour ça qu'il n'y a que le Piu Piu à Montréal. On inscrit notre genre, on a notre propre identité.
Je pense pas que beaucoup aillent en Europe pour exporter ce qu'on fait, y a pas d'artistes qui l'ont fait, en tout cas, not that I've ever heard of, à mon avis ça se limite beaucoup à Montréal pour l'instant, c'est dommage.
"C'est assez récent, c'est peut-être pour ça"
Ouais, y en a qui sont là depuis un bout, mais je sais pas pourquoi ... Un beau jour on va être reconnus internationalement. C'est cool que ça reste local, parce qu'on s'auto-alimente. Genre entre nous on développe notre identité et notre son. C'est cool aussi parce qu'on a une culture vraiment différente du reste du Canada et ça ressort dans la musique.
Aussi, la musique ça tire un peu de partout, y a beaucoup de monde qui veut vivre à L.A. C'est normal d'aimer L.A. et de vouloir vivre là-bas, c'est le lifestyle. Moi je me verrais bien bouger en hiver, mais sinon, c'est vraiment nice à Montréal, j'adore ma ville. Je pense que les gens en dehors de Montréal sont down pour ce qu'on fait, je pense que Montréal devient une des grosses villes pour ce genre de musique avec le Piu Piu. Le Piu Piu ça devient vraiment un mouvement qui reach plus que Montréal, y a du monde qui est au courant des projets qui se passent ici et des artistes qui sont ici.
NOO-BAP
Quand je fais de la musique c'est vraiment perso. J'ai déjà essayé avec des amis de faire de la musique, ça marche pas vraiment, je suis plus un gars qui ferait des collabs avec moi-même. C'est plutôt quand j'arrive chez moi drunk après un vendredi soir, ça se passe en trente secondes, vraiment sur le coup, puis après je travaille en long terme. Des mois et des mois pour faire des petits détails, de l'arrangement
Quand j'ai démarré, j'avais comme quinze ans, j'ai commencé à jouer de la bass à quatorze ans. Quand j'ai commencé à faire du beat c'était purement hip-hop, tu sais, genre boom bap, avec des drums. Après j'ai commencé à être influencé par des gens comme Kenlo, sinon j'écoutais beaucoup de funk, c'était une grosse influence. Avant tout ce qui était comme weird, j'étais un peu plus conservateur, c'est un genre de musique qui ouvre l'esprit, tout ce chillwave ou expé ou lo-fi maintenant. En ce moment je suis sur un gros trip de Toro y Moi, Kenlo. Kenlo au niveau technique est super impressionant. Et puis fLako.
Sinon j'aime beaucoup faire du live, j'ai pas beaucoup d'expérience mais j'aime ça, j'aimerais trouver façon d'avoir un aspect plus live que de jouer de la musique et pousser boutons. Quelque chose de plus visuel, et j'aimerai chanter. En ce moment le live set est pas intéressant.
Je travaillais sur un clip aussi, c'était moins un clip qu'un genre de vidéo genre bricolage visuel. Je ferais pas de clips, je pense. Tous mes visuels je les fais moi-même donc je ferais ça définitivement tout seul. Je suis vraiment personnel dans mon truc : je fais les covers de mes albums, je fais pas écouter mes prods à quelqu'un avant de les sortir. Mes amis s'intéressent trop pas à ma musique, ça reste dans ma chambre et puis à un moment donné ça sort sur internet.
J'aimerais bien faire quelque chose de pas ordinaire. Ça serait trop beau de faire une B.O., j'adore les soundtracks en plus, ça doit vraiment être sympa. J'aime beaucoup la musique de films, parce que ça donne une dimension vraiment pointue. Surtout quand ils font des compositions ou des scores faites précisément pour ce film-là.
Dans le film de ma vie, je mettrais beaucoup de fusion, du jazz des années 70. J'ai des phases où j'écoute certains genre de musique, mais le jazz ça restera toujours-là. Flora Purim, c'est le genre de chillwave le plus early, c'est vraiment ce genre de musique là que je mettrais dans un film sur ma vie. De la musique joyeuse et enchantante.
J'écoute beaucoup de musique instrumentale, ce que j'aime avec cette musique, c'est que ça t'impose pas une idée, ça laisse à la personne qui l'écoute le choix de vivre la musique de la façon dont elle veut. Quand t'as les paroles, c'est un peu comme si tu prennais un beat instrumental et ça te fait penser un peu à un nuage. Et deux mois après y a quelqu'un qui va chanter dessus et qui parle des écureuils. Ça fuck un peu tout ce que t'avais imaginé, toutes les belles choses auxquelles ça te faisant penser ou ressentir. Ça t'as carrément imposé quelque chose avec l'écureuil, basically, quelque chose de carrément différent.
Ce qui est fun avec les morceaux qui sont vraiment bons, je trouve que c'est ceux qui un jour tu l'écoutes et t'es heureux, puis un autre jour tu l'écoutes t'es triste. Le morceau est tellement plein d'émotions, mais c'est rien de spécifique. C'est ça qui fait une bonne pièce, ça fait bien dans le contexte. C'est nice aussi d'avoir des shits qui sont vraiment précises, j'écoute pas beaucoup de musique triste, mais si quelqu'un aime écouter de la musique triste, il met ce joint-là quand il est triste puis, everything is fine. Y a des choses vraiments mystérieuses, t'es dans une situation comme si t'étais dans la forêt à trois heure du matin.
J'aime beaucoup le vibe naturel, exotique, un peu. Comme Inclosure de fLako, quelque chose d'assez ambiant, spacy, ou le nouveau LP de FlyLo. C'est une musique qui a son propre univers, la musique est elle-même.
La température dehors affecte beaucoup ce que j'écoute. Mais quand j'écoute de la musique, chaque chanson me fait penser à quelque chose de différent, et je renvoie la même chose pour les gens qui vont m'écouter. C'est à toi de vivre ça comme tu veux. Je pense pas à quelque chose de particulier quand je fais un morceau. Mais ça dépend, je pense que si tu fais de la musique, t'es naturellement affecté par ton humeur, par la température dehors et plein d'autres choses. Je me vois pas écrire quelque chose en pensant à ma mère, genre. Généralement je fais ça avec whatever comes out, je repense peut-être un peu à ma journée mais c'est tout.
Je fais beaucoup de musique au bord de l'eau, j'habite au Nord de l'île (de Montréal) je suis comme à cinq minutes de la rivière, et souvent l'été je passe là. Ça m'affecte beaucoup, d'être dehors, dans la nature, c'est pour ça que je hais l'hiver, parce que je reste à l'intérieur. Ça m'affecterai énormément de jouer dans un pays différent. J'ai pas fait de la musique ailleurs. J'ai été en Afrique du Sud, j'aimerais y retourner juste pour faire de la musique, je sais pas comment ce sera, mais je sais que ça sera vraiment différent, ça serait vraiment bizarre. Je serais sûrement près à faire quelque chose à l'opposé de ce que je fais d'habitude. Un des mes rêves c'est d'acheter tous les instruments qui existent et de faire des sons
LA MUSIQUE, LES KIDS, INTERNET
Par rapport à la musique de plus tard, je suis déjà épaté par ce qui sort aujourd'hui, plus tard je pourrais même pas imaginer ce qui sortira. C'est difficile d'imaginer les couleurs, mais "that shit gon be cray" sûrement. On pourrait avoir des shows avec pas seulement du visuel et du son mais t'as quelque chose de sensoriel, je sais pas. Par exemple, j'ai vu FlyLo en live, c'était mindblowing. Y avait un écran hologramme devant lui, tout ça. C'est nice d'avoir une expérience complète de la musique, une expérience visuelle. A Montréal y a vraiment du beau monde, pendant les shows y a vraiment une bonne ambiance, tout le monde se connait et ça affecte la qualité d'une soirée.
Avec les artistes de maintenant, y a quelque chose de nouveau et c'est toujours fun. En ce moment, y a beaucoup de mélanges de différents genres de musique, de beaux mélanges. Y a plus vraiment de genres, c'est juste de la musique qui sort.
Je trouve que ce serait super que je puisse apporter quelque chose de nouveau. Côté composition y a des artistes qui arrivent à écrire des détails, et changer des trucs dans les gammes. Je saurais pas expliquer, je voudrais essayer d'amener le plus au beats. C'est fun d'avoir une grosse bass et un gros snare mais on peut avoir plus de contenu musical.
C'est plus facile d'explorer avec le genre électronique, we can do whatever the fuck we want. Tu vois maintenant tout le monde fait des choses un peu weird avec la technologie. Alors que dans une autre époque si tu voulais t'embarquer dans la musique c'était moins évident. Maintenant , t'as des logiciels supers simplifiés, y a pas de notes, juste des petits carrés.
Les jeunes qui font de la musique, c'est fun, c'est bon, c'est super intéressant. Mais t'imagines le kid qui vient de terminer un beat et qui met ça sur soundcloud c'est quasiment trop accessible, c'est trop facile. La musicalité je pense pas que c'est quelque chose que tout le monde a, mais tout le monde a un laptop.
J'écoute pas les kids, je préfère écouter les grands maîtres. J'aime mieux regarder en haut qu'à côté. Je pense que naturellement les pas bons vont s'en rendre compte, et vont arrêter. Et ceux qui sont bons hopefully ils continuent, et font grande carrière. C'est sûr que soundcloud, et internet en général c'est super bon et super mauvais, comme les logiciels où on peut mettre les petits beats.
Avant de s'appeler Yuno, il jouait sous le nom de unouomedude, ses morceaux à lui sont très agréables. Ils sont faits pour sourire, tout le temps. Dans ses tracks on ressent tout le plaisir qu'il prend à les jouer.
Pas étonnant donc, que la playlist faite spécialement pour le blog soit totalement sans contrainte, et passe, tranquillement. On y retrouve en plus des artistes qui méritent encore beaucoup d'attention.
Au passage, Yuno travaille actuellement sur son prochain album (qui se fait particulièrement attendre, depuis la sortie de Marsh, son premier EP, il y a deux ans), mais a besoin d'un peu de soutien pour qu'il sorte, il est donc possible d'apporter un peu d'aide à Yuno sur Kickstarter.
Elle est si douce et délicate la musique de Moonkay, d'une beauté stupéfiante, à couper le souffle. C'est l'oeuvre d'un génie, d'un petit prodige de seize ans, et j'ai eu l'honneur de pouvoir échanger avec lui. Derrière Moonkay se cache quelqu'un qui en plus d'être impressionnant - avec sa capacité à pouvoir apprendre un grand nombre de choses de lui-même et son parfait usage de l'anglais - est vrai et sympathique. Autant dire que ce fut très agréable de pouvoir discuter avec lui, voilà pourquoi j'invite à ma suite, à écouter ses productions et en apprendre plus sur lui.
MOONKAY x FLORENCE
Même s'il a vécu durant la plus grande partie de sa vie à Florence, ville où peu sont musicalement curieux, où "la musique de Madonna et Jennifer Lopez sont incroyablement populaires. Tout ce que t'entends, c'est de la techno à la radio", rien n'a empêché Moonkay de créer la musique qu'il voulait, et écouter ce qu'il voulait. Esquive assez aisée quand, comme lui on avait la possibilité de fuir vers l'Angleterre, et maintenant d'y vivre. "L'Angleterre c'est mieux, ils sont beaucoup plus ouverts à différents genres musicaux et aux artistes à suivre"
MOONKAY x LES DÉCOUVERTES
Comme Florence n'est donc pas la ville idéale pour découvrir de nouveaux artistes, c'est plutôt par hasard qu'il a découvert ceux qu'il apprécie le plus maintenant : "j'ai découvert des artistes comme Shlohmo ou Baths par accident, je traînais dans l'internet, et j'ai accidentellement cliqué sur Lovely Bloodflow de Baths. Je suis tout de suite tombé amoureux de ce morceau et ça m'a totalement ouvert à ce nouveau genre. C'était il y a à peu près un an, peut-être un an et demi. Avant j'écoutais surtout du dubstep, j'en écoute toujours un peu, mais moins de la moitié de ce que j'écoutais avant".
MOONKAY x LES INSTRUMENTS
"Je fais des percus depuis toujours, aussi bien que je m'en souvienne, je jouais du bongo quand j'avais cinq ans et mon amour pour les percus n'a cessé de grandir jusqu'à ce que j'aie tout un drum set. Quand j'avais douze ans, j'ai commencé à prendre des cours de piano et ce fut comme une révélation. Quand tu joues de la batterie, t'es satisfait de ce que tu peux faire. Avec le piano c'est comme si tout un monde de possibilités s'ouvrait à toi. J'avançais tellement vite qu'en deux ans j'avais déjà le niveau d'élèves de ma prof qui jouaient depuis six ans ou plus. Même si je ne sais pas lire une partition du tout, j'apprend tout à l'oreille. Quand j'ai eu quatorze ans, j'ai appris la guitare, tout seul pendant à peu près un an. La même année, un ami a amené sa basse en cours et à chaque fois que je pouvais, j'y jouais. Enfin, j'ai pris des cours de basse, pendant environ une année, jusqu'à maintenant".
"Je ne dirais pas qu'il y ait tant de différence [entre un instrument que j'aurais appris à jouer tout seul ou un qu'on m'aurait appris]. La différence nette serait que je suis pratiquement sûr que je ne joue pas correctement des instruments que j'ai appris à jouer tout seul. J'ai joué de la basse pendant à peu près six mois avant de prendre des cours et je pensais que j'étais très bon. La première fois que j'ai montré à mon prof ce que je savais faire, il m'a dit que c'était bien mais que je devais surtout tout reprendre depuis le début pour mettre mes doigts correctement et tout. Je suis sûr que si je venais à un cours de guitare ils critiqueraient ma manière de jouer"
MOONKAY x LA PRODUCTION
"Il y a incontestablement des artistes auxquels je me réfère pour m'en inspirer, par moments. Parfois je fais des sessions durant lesquelles j'écoute différents artistes et j'essaye de dégager ce qui fait que j'apprécie tant ce morceau. Et parfois, je prend ce qui me plait beaucoup dans un morceau et le met dans les miens. Même si mes influences les plus importantes seraient plutôt Shlohmo, Sekuoia, Bibio et Purity Ring" "et ensuite tu y ajoutes les instruments et tout le reste" "Ouais, je n'ai pas vraiment d'instrument de référence, toutefois j'ai l'habitude de commencer par jouer quelque chose à la basse puis j'y ajoute une couche de synthé ou une mesure de batterie. Je n'ai pas vraiment de modèle ou quoi que ce soit pour faire mes morceaux"
"Je pense que ma musique fais ressortir une toute autre facette de ma personnalité. On me dit souvent que je suis drôle mais je trouve ma musique attristante. Pas l'attristant qui te fait pleurer, mais l'attristant qui te fait réfléchir. Je veux que ce soit le genre de chose qui, quand le morceau est terminé t'arrêtes et te fais réfléchir. Beaucoup de personnes me parlent de ma musique comme quelque chose de beau et c'est plutôt le genre de réaction que j'attends"
"Je fais beaucoup de choses quand je produis. Je passe énormément de temps à essayer de trouver le son exact ou le riff exact, ou de rendre la partie de batterie assez delayed pour que ça sonne exactement comme je le veux. Quand je finis un morceau, je le laisse toujours une journée, puis je l'écoute le jour suivant pour voir si ça me fait réfléchir, si ça ne se fait pas, je ne le met pas sur internet parce que je ne pense pas qu'il est assez bon"
MOONKAY x L'INTERNET
"Est-ce que tu penses que tout le monde peut faire de la musique, la mettre sur internet et ensuite avoir des gens qui écoutent et apprécient et en parlent comme si tout venait facilement ?"
"Non pas du tout, je crois vraiment qu'avec toute la technologie et tout, maintenant tout le monde peut faire de la musique, s'ils samplent ou font des beats. Mais pour trouver des auditeurs c'est totalement différent. J'ai envoyé ma musique à plein de personnes et de blogs en cherchant des gens qui l'apprécieraient. Je ne pense pas que tu puisses mettre un morceau sur soundcloud et attendre que les gens accourent et aiment ton morceau"
"J'adore voir qu'on parle de ma musique, ça me met vraiment de bonne humeur. Au début j'angoissais un peu de mettre quoi que ce soit en ligne, parce que je n'avais aucune idée de ce que diraient les gens. Mais ils ont tous dit des choses très sympas, et j'ai eu beaucoup de soutien de la part d'autres artistes comme jgekko et s_ence. Quand j'ai commencé à poster de la musique, jgekko m'a demandé si je voulais faire partie de son label sur l'internet, Eden Deeply et ça m'a énormément aidé"
"Chacun a un but particulier en faisant de la musique. Certains font de la musique pour gagner de l'argent et d'autres en font pour s'exprimer. Je donne gratuitement ma musique pour que tout le monde puisse la télécharger et l'écouter. J'aime bien m'exprimer et j'espère que les gens apprécient le résultat final. J'ai un bandcamp pour que les gens puissent donner de l'argent s'ils le souhaitent, mais c'est complètement optionnel. J'aimerai faire de la musique mon travail, mais pour me faire de l'argent, ce serait en faisant des concerts. Si possible, dans le futur, j'essayerai de mettre un prix sur ma musique mais je prévois de toujours sortir une partie de ma musique gratuitement. En plus il y a tellement de moyens de télécharger illégalement que la moitié de la population achète de la musique aujourd'hui"
"Qu'est-ce que tu penses du téléchargement illégal ? C'est toujours quelque chose d'assez compliqué"
"C'est assez délicat. Je dois dire que je supporte le téléchargement illégal, mais je ne télécharge jamais la musique des nouveaux artistes. Je dois plutôt les soutenir parce qu'ils essayent de vivre de la musique et n'ont pas les millions qu'ont les autres artistes"
MOONKAY x LE FUTUR
Pour la manière dont tout cela va évoluer, "J'imagine que les labels continueront de sortir des CDs, mais il y aura moins de personnes pour les acheter. Les artistes se font plus d'argent avec les concerts de nos jours. J'aime pas trop les CDs, j'achète des vinyles, j'adore la sensation que ça procure et la qualité du son est super"
"Est-ce que tu espères changer les choses dans la musique, plus tard ? Quel est ton but dans tout ça ?"
"J'aimerai que mon nombre d'auditeurs augmente. Quand je parle de la musique que j'écoute à mes amis, ils aiment bien et veulent en entendre plus. Tout le genre du moment est trop lo-fi et si ça passait sur de grosses radios qui ont beaucoup d'audience, je pense que beaucoup de personnes en tomberaient amoureux.
Personnellement, j'aimerai signer un contrat dans le futur. Avec le label Friends of Friends j'adorerai, parce que j'aime ce qu'ils sortent.
Ouais, je voudrais bosser avec des gens qui font de la bonne musique. Être un artiste solo veut dire que tu n'es pas dans un groupe donc tu n'es pas avec d'autres personnes qui partagent ta vision de la musique. Je voudrais rencontrer des gens qui font le même genre de musique que moi. Comme Flying Lotus, parce qu'il a accompli tellement de choses avec sa musique et son label Brainfeeder. Mais ce serait aussi bien de parler avec de jeunes artistes, c'est génial de partager mes méthodes de production avec d'autres musiciens.
J'ai déjà eu la chance de partager quelque chose avec des artistes. J'ai eu un peu d'aide de la part de Sekuoia et Roof Light et j'ai pu partager mes méthodes de productions avec mon ami if i had a hi fi. Ça m'intéresserai de collaborer avec Roof Light mais je ne sais vraiment pas s'il accepterait. Pour le moment j'ai une collab de prévue avec Machines and Handguns et je travaille sur un remix pour un album. Mais je n'ai pas le droit pour l'instant de dire de quel album il s'agit et par qui"
MOONKAY x GOLD PANDA
Pour finir, s'il devait choisir un morceau "ça devrait être Quitters Raga de Gold Panda. Déménager, se préparer pour un nouveau lycée, produire des tracks, avec tout ça ma vie est devenue plutôt dingue : ce morceau est aussi comme un énorme désordre, mais d'une certaine manière, les choses arrivent à concorder"
Un dernier mot, Jordan a très récemment décidé de lancer son propre label/collectif et cherche donc des artistes aussi doués que lui pour le rejoindre. Le label s'appelle The Roomers, et il attend les propositions de démos.
Après vous avoir beaucoup tannés avec les Summer Session du Club Transbo, je prend le temps de revenir sur celles-ci.
Alors que pour la troisième Summer Session, un Letterbox auquel le public peu nombreux ne prêtait que très peu d'attention jouait un set assez cosmique sous un ciel un peu trop bleu pour s'accorder avec son excellente tracklist ouvrait la soirée. Suivi d'un set trop court de Hyphen Hyphen, sauvage, fou, et des tas d'autres choses à la fois. Le groupe en communion totale avec le public, comme une tribu réunie, appelait la nuit qui s'est très vite mise à tomber, et prenait un peu de la lumière des étoiles pour nous éblouir avec. Ça sautait, ça dansait, ça s’époumonait, ça tapait sur les caisses claires à s'en brûler les mains, ça secouait la tête dans tous les sens. Un public pris de la tête au pied par l'énergie surprenante de Hyphen Hyphen. Si parfois, sur CD on se retrouve vite en train de s'ennuyer, le ressenti est loin d'être le même en live.
Et c'est d'ailleurs à voir en photo chez les copains Ocean Of Noise.
Pour la dernière Summer Session, c'était une toute autre chose. C'est un Everydayz qui s'est fait attendre qui est venu poser son laptop sur scène une heure après l'ouverture des portes. Le ciel s'assombrissait déjà, on s'attendait plutôt à bien s'amuser. C'était bien le voyage en navette spatiale auquel je m'attendais, on est bien montés dans le ciel, pour toucher les étoiles. Notre commandant de bord, Everydayz est arrivé, tranquille, comme un mec qui a l'habitude de piloter, chose assez rassurante pour les passagers. Mais finalement, ce seront plutôt les habitués du voyage à bord de la navette Everydayz qui auront vraiment apprécié leur première partie de soirée. Certes, il mélange très bien l'électronique au rap, et c'est pourquoi je l'appréciait tant sur CD, le mec est carrément calé c'est évident (je le remercie d'ailleurs pour le petit morceau de Earl Sweatshirt - il me semble ? - qu'il a passé, j'ai apprécié). Certes, mais soudainement, en live, une partie de son originalité s'envolait avec la fumée de cigarette qu'il soufflait. Il avait beau passer de bons morceaux, des morceaux que tout le monde a reconnus et appréciés, les sortes d'alarmes warnings qu'il lançait sans cesse finissaient par être épuisantes. C'était plutôt une alerte pour nous dire que le voyage ne se passait pas si bien, qu'on rencontrait des obstacles dans l'espace.
Everydayz nous avait perdus, pour la plupart, dans un trou noir peut-être, même ceux qui essayaient de s'accrocher. Jusqu'à ce qu'on vienne lui dire qu'il était temps de retourner sur Terre. Soudain, tout devient plus agréable, alors qu'une voix chantait doucement "Dans les étoiles", Everydayz, nous posait, doucement, sur le bitume du Transbordeur.
Puis arrivèrent les tant attendus Civil Civic, qui avec leurs guitares folles et leurs synthés, faisaient trembler et retournaient la terre qu'on venait tout juste de retrouver, avec plaisir, et pour notre plus grand plaisir. Un set trop court pour eux, malgré tout.
Je suis tombée sur les morceaux de Damion Esquire via Observer Drift. Damion Esquire et Observer Drift, c'est un peu la même musique, hors du monde, hors du temps, ailleurs.
Du coup j'ai cherché à savoir ce qu'en pensait Damion de cette musique en dehors de tout et d'où elle vient réellement.
Malgré un dialogue assez difficile, Damion m'a presque donné ce que je cherchais.
Même si, alors que notre conversation commençait à peine, le jeune homme de 18 ans écoutait "Cannons" de Youth Lagoon, il est loin de rester cantonné à des genres semblables à cette dreampop (comme on l'appelle). Il prend le temps de citer quelques artistes qu'il aimait bien à leurs débuts, mais "qui ont fini par devenir lassants à force de trop passer à la radio" : Foster The People et Adele par exemple. Et peu importe si le mec qui veut paraître cool s'en offusque, finalement ce n'est pas ce qui importe pour lui, puisqu'il insiste sur le fait qu'il les trouve toujours talentueux malgré la lassitude qu'il ressent à leur égard. Pour lui, le parfait musicien, "c'est celui qui joue de la musique parce qu'il aime le faire, pas parce qu'il veut qu'on le connaisse, un musicien dont tu vois l'émotion en lui quand il joue. Vraiment, quelqu'un qui peut changer tes émotions juste en l'écoutant". Et Damion, dans sa musique ne cherche pas forcément à faire ressentir une émotion spécifique, mais il aime bien "le sentiment de détente, un peu dynamique et joyeux qu'il ressent quand il écoute une chanson qu'il aime et dans laquelle il se perd", autant qu'il se base sur certains évènements de sa vie, les idées qui lui passent par la tête, ou l'histoire derrière chaque morceau pour savoir où nous placer lorsqu'on l'écoute.
"Le plus souvent quand je commence à écrire une chanson, je commence avec un son et j'essaye de trouver quelque chose qui semble intéressant et différent de ce que j'ai entendu auparavant. Ensuite je me penche plus sur ce son jusqu'à ce que j'aie quelque chose que j'aime vraiment. Puis j'y ajoute une idée avec des paroles ou des voix du genre. Parfois, j'ai une idée que j'aime vraiment et j'essaye d'écrire la musique qui s'accorde avec le ressenti de cette idée."
Le processus de création de Damion est loin d'être semblable à celui de qui que se soit, lui-même le dit : "je sens qu'étant plus jeune, j'ai moins d'expérience et encore beaucoup à apprendre sur la musique et sur les choses en général. Alors quand je crée quelque chose, je ne suis pas exactement sûr de comment le faire, je le fais juste à ma manière. Et j'ai toujours le sentiment que ma musique n'est pas assez développée alors je m'accroche à ça autant que je peux et essaye de le rendre aussi parfait que possible. Quand j'enregistre, mon but est d'avoir un morceau dans lequel on se perd. J'imagine que je suis un petit peu perfectionniste, mais je n'ai jamais l'impression que c'est parfait, je fais juste de mon mieux"
Mais il passe tout de même beaucoup de temps à bosser sur ses tracks "je pourrais passer des heures dessus, certains musiciens peuvent écrire un bon morceau en à peu près une heure, mais je ne peux pas. Je veux vraiment développer un morceau. Très souvent, ce que je commence à écrire est totalement différent de ce que je viens de finir. Je n'ai pas beaucoup de temps pourtant, alors j'espère vraiment que j'aurais plus de temps pour travailler mes idées." En effet, Esquire se décrit comme quelqu'un qui passe trop de temps à penser au cours et pas assez à la musique.
La musique d'un garçon occupé, qui s'échappe réellement dans ce qu'il crée, loin de toutes les contraintes de la vie, et y met tellement de coeur et s'y prend tellement bien qu'à notre tour, lorsqu'on l'écoute, on est transporté loin de tout, dans son imaginaire, dans un autre monde.
Damion aimerait même pousser la chose jusqu'au bout, étant fasciné par les tempêtes et les orages, il souhaite vraiment incorporer dans ses productions le bruit de la pluie ou de la nature. Et même, jouer dans les bois, parce que "des endroits comme ça donnent une toute autre atmosphère, vraiment chill et posée". Mais lorsque lui va voir d'autres artistes en live, que ce soit en salle ou non, ça n'a pas tant d'importance, même si "certains endroits donnent une interprétation différente des choses parfois, la bonne musique est celle qui peut être jouée n'importe où et te donnera toujours l'impression d'être autrepart. La musique que j'aime le plus est celle qui d'une part fait voyager et d'autre part te connecte à celle-ci et dont tu peux réellement sentir l'émotion qu'elle contient"
Comme exemple et pour clore notre conversation, Damion me fait une jolie liste : "Indian Summer" de Jónsi & Alex (ou n'importe quel track tiré de l'album Riceboy Sleeps), "Your Hand In Mine" d'Explosions In the Sky ou "Varúð" de Sigur Rós.
On s'y perd vraiment avec Zadeh, histoire de se situer un peu dans tout ça, Zadeh, au départ était le projet solo de Samir Alikhanizadeh, le prodige de 15 ans qui se cache derrière Happa et son électronique qui secoue légèrement. Difficile de savoir lesquels des projets Happa et Zadeh a démarré en premier, au départ, ils se ressemblaient tellement que ça n'avait pas d'importance. Puis Samir a décidé qu'il pouvait faire de l'électronique plus calme en utilisant le nom de Zadeh.
Zadeh c'est la douceur, c'est le calme, ce sont de nouveaux paysages, un feu d'artifice de surprises, les choses les plus délicieuses de la vie qui parfois deviennent mauvaises quand on y goûte trop. Un périple à travers soi-même, un voyage dans un navire qui fièrement brave les vagues, une lutte contre ses sirènes. Une traversée dont on ressort changé et grandi, un tourbillon de sentiments, des émotions en simultané, des centaines de choses à la fois, c'est Zadeh.
Ses morceaux étant éparpillés sur différents bandcamp et soundcloud, j'en ai regroupé quelques uns trouvés en fouillant un peu l'internet.